



Introduction
L’exemplaire présenté ici est une Timex Ironman Triathlon 30 Lap Shock, étanche à 200 m, gravée « L2003/028 » sur le fond. Ce marquage la rattache à une série de montres digitales dotées à la Marine nationale au début des années 2000, que l’on attribue généralement à la base de Lorient.
C’est une montre modeste par son prix et sa construction, loin des plongeuses mécaniques qui font d’ordinaire l’objet de ma collection. Elle n’en est pas moins un témoin intéressant : elle porte à la fois une gravure de dotation, des marquages manuscrits d’atelier et les traces d’un usage réel.
Sa provenance individuelle n’est pas connue. Sa valeur documentaire tient donc surtout à la comparaison avec les autres exemplaires recensés, et en particulier avec le L2003/027, qui présente des marquages intérieurs quasi identiques.
Une montre de sport civile entrée en dotation
L’Ironman est née dans le triathlon, pas dans l’armée. Timex a conçu une première « Triathlon » en 1984, puis a acquis les droits du nom Ironman en 1986 pour en dériver l’Ironman Triathlon. Le modèle est devenu la digitale de sport la plus répandue de la marque.
La version qui nous intéresse est une déclinaison « Shock » : boîtier en résine renforcée, fond visé en acier, verre minéral, pile CR2016 et étanchéité annoncée à 200 m.

Selon Watchistry (livre Marine Nationale Registre, p. 288 à 298), ces montres ont été dotées vers 2003, en remplaçant la Casio G-Shock DW-9000 pour un coût moindre. Le livre reproduit un extrait de catalogue Beuchat, Département militaire (Marseille), qui présente une « montre de plongée digitale Ironman » étanche à 200 m, avec un numéro de nomenclature OTAN 6645-14-481-4011. Le préfixe 6645 correspond à la classe des instruments de mesure du temps, et le code 14 à la France. Beuchat aurait donc, très vraisemblablement, assuré la fourniture.
La référence T56442 avancée par Watchistry n’a pas pu être confirmée par une source Timex.
Toujours d’après le livre, plusieurs formations en auraient reçu, avec des gravures différentes : fusiliers marins, commandos marine, groupes de plongeurs démineurs (gravure « G.P.D. ») et porte-avions Charles de Gaulle (gravure « R91 »). La série « L2003 », interprétée comme Lorient 2003, est la mieux représentée parmi les exemplaires connus.
L’essentiel des informations publiques sur ces montres provient d’un fil du forum italien Orologi e Passioni, ouvert par Recon59 en 2016, auquel Watchistry renvoie. Un collectionneur français y déclare détenir une vingtaine de ces Timex, issues selon lui directement de l’arsenal. Son témoignage est précieux, mais il n’est étayé par aucune archive publiée.
Description de l’exemplaire L2003/028
La montre est conforme, dans tous ses éléments visibles, aux Ironman Marine nationale photographiées jusque-là. Elle fonctionne.
Boîte et lunette. Boîtier gris clair, fortement patiné par l’usage. La carrure a l’aspect d’une résine, seul le fond étant en acier. La lunette noire porte les inscriptions de série (SHOCK, SET, RECALL, INDIGLO, MODE, RESET, STOP). Elle présente une fissure franche entre SHOCK et INDIGLO, ainsi que de nombreuses éraflures. Ce sont des traces d’usage cohérentes avec une montre portée en service.
Cadran. Écran LCD sous verre minéral, inscriptions « TIMEX IRONMAN » et « 30 LAP • WR 200 M » en bleu, rétroéclairage Indiglo. L’affichage ne présente pas de segment manquant.
Poussoirs. Poussoir START/SPLIT bleu en façade, poussoirs latéraux bleus, et poussoir SET gris clair, comme sur les exemplaires du livre Marine Nationale : Registre.
Bracelet. Bracelet textile à fermeture auto-agrippante, à passant métallique noir : face extérieure noire, sous-boîte bleu, languette supérieure frappée du logo Ironman et patte inférieure marquée « SHOCK ». Il s’agit vraisemblablement du bracelet d’origine, au sens du bracelet Timex de série : rien n’indique l’existence d’un bracelet spécifique à la Marine. Ce bracelet aurait d’ailleurs été le point faible du modèle : selon le collectionneur français du forum Orologi e Passioni, il se détachait, et ce défaut aurait largement motivé le retrait des montres vers 2013.
Le fond de boîte
C’est le fond qui fait de cette Ironman une montre de dotation. Il porte trois couches de marquages : ceux de Timex, la gravure de la Marine et des inscriptions manuscrites d’atelier.

Marquages Timex. Fond en acier visé par quatre vis, avec les mentions estampées de série : « http://www.timex.com », « BATTERY CR 2016 », « STAINLESS STEEL CASEBACK », « SHOCK RESISTANT », « TIMEX », « MINERAL GLASS LENS » et « WATER RESISTANT 200 M ». En bas figure le code « 854 M9 ». Le nombre 854 est constant sur tous les exemplaires connus : c’est vraisemblablement une référence Timex de boîte ou de modèle. Le suffixe varie (M8 ou M9) sans lien apparent avec la numérotation Marine. Il s’agit probablement d’un code de fabrication, dont la signification exacte n’est pas documentée publiquement.
Gravure de dotation. « L2003/028 », gravé mécaniquement en ligne, en caractères larges qui chevauchent les cartouches « SHOCK RESISTANT » et « TIMEX ». La lecture admise est : L pour Lorient, 2003 pour l’année de dotation, 028 pour le numéro individuel. Le style est large et profond. D’après le collectionneur français du forum Orologi e Passioni, la dotation se serait faite en deux lots d’une quarantaine de montres : environ 001 à 040 avec une gravure large et profonde, puis environ 041 à 080 avec une gravure plus fine et moins profonde. Le 028 appartiendrait donc au premier lot.

Marquages intérieurs. L’intérieur du fond porte, au centre, un disque entouré d’un bourrelet beige, le vibreur piézoélectrique et sa colle. Sur ce disque sont écrits à la main :
- « P2013 », au feutre noir, où P désigne vraisemblablement la pile ; deux lectures restent ouvertes, un remplacement effectué en 2013 ou une échéance (pile, entretien ou fin de vie) fixée à 2013 ;
- « MN28 », de la même main, qui reprend le numéro de dotation et confirme l’appariement du fond et de la boîte ;
- un petit symbole manuscrit, peut-être un paraphe ou une marque d’horloger, dont le sens reste à établir ;
- « rv 09/2022 », au feutre rouge et d’une autre main, qui correspond sans doute à une révision postérieure, vraisemblablement après la sortie du service.


Le point remarquable est la comparaison avec le L2003/027 photographié dans Marine Nationale : Registre et sur Orologi e Passioni. Son fond porte « P2013 », « MN 27 » et le même symbole, dans la même graphie et la même disposition. Deux numéros consécutifs ont donc très probablement été traités par la même personne, lors d’une même intervention liée à l’échéance 2013.
Ce que l’on sait, ce que l’on suppose
Établi par l’exemplaire lui-même :
- le fond semble d’origine sur cette boîte, puisque le numéro manuscrit intérieur (MN28) correspond à la gravure extérieure (028) ;
- la montre a fait l’objet d’au moins deux interventions documentées, en 2013 puis en 09/2022 ;
- les marquages de 2013 sont de la même main que ceux du 027.
Probable, mais à confirmer :
- l’attribution à Lorient, qui repose sur une lecture du « L » généralement admise, sans source d’archive connue ;
- une dotation en deux lots d’une quarantaine de montres, distingués par la profondeur de gravure, selon un témoignage de collectionneur ;
- une intervention groupée liée à l’année 2013, qui coïnciderait avec le retrait du service situé vers 2013 par ce même témoignage ;
- la fourniture par Beuchat, suggérée par l’extrait de catalogue et le numéro OTAN.
Non résolu :
- la provenance individuelle du 028 et l’unité à laquelle il a été affecté ;
- la signification du code Timex M8 / M9 : le 028 est à ce jour le seul Lorient connu en M9, alors que son voisin 027 est en M8 ;
- le sens du symbole manuscrit sous « MN28 » ;
- le volume total de la dotation : moins de 100 montres pour Lorient selon Watchistry, environ 80 selon le témoignage du forum, dont le plus haut numéro signalé est le 067.
Autres exemplaires recensés
Plusieurs autres Ironman de dotation Marine nationale sont connues à ce jour, dont plusieurs de la série L2003 documentés dans Marine Nationale : Registre.
Le tableau reprend les exemplaires que j’ai pu croiser et celui de ma collection.
| Gravure sur le fond de boîte | Affectation supposée | Ref. Timex | Marquages intérieurs | Sources |
|---|---|---|---|---|
| L2003/015 | Lorient | 854 M8 | Non documentés | Marine Nationale : Registre p. 291, @rustikcuriositas Également visible sur WatchCharts |
| L2003/027 | Lorient | 854 M8 | P2013, MN 27, symbole | Marine Nationale : Registre p. 292 à 293, @watch_xiaobai |
| L2003/028 | Lorient | 854 M9 | P2013, MN28, symbole, rv 09/2022 | Collection personnelle |
| L2003/044 | Lorient | 854 M8 | Non documentés | Marine Nationale : Registre p. 295, @dik_yuen |
| L2003/054 | Lorient, stage de plongée à Saint-Mandrier en 2005 | 854 M8 | Non documentés | Marine Nationale : Registre p. 297, capitaine de corvette B. |
| L2003/58 | Lorient | 854 M8 | Non documentés | Chronomania |
| R91-004 | Porte-avions Charles de Gaulle | 854 M9 | Non documentés | Marine Nationale : Registre p. 288 à 289, @rustikcuriositas |
| G.P.D. 03/03 | Groupe de plongeurs démineurs (groupe non précisé) | 854 M9 | Non documentés | Marine Nationale : Registre p. 298 à 299, @rustikcuriositas |
Le format de la gravure « 03/03 » ne permet pas de savoir lequel des deux nombres désigne l’année. Des photos de l’intérieur des fonds des 015, 044 et 054 permettraient de vérifier si la campagne de 2013 a concerné toute la série.
Sources
- Marine nationale : Registre (Timex Ironman Triathlon).
- Orologi e Passioni, fil « Timex Ironman Marine Nationale », ouvert par Recon59 en 2016, avec le témoignage d’un collectionneur sur les lots et le retrait.
