Il existe des montres de plongée militaires discrètes, presque anecdotiques dans la littérature horlogère, dont on ne connaît que quelques exemplaires. La Zodiac que je présente ici appartient à cette seconde catégorie.




Cette montre est une Zodiac référence 113.21.07.
Boîtier acier, mouvement quartz suisse, étanchéité annoncée à 200 mètres, lunette tournante unidirectionnelle, date à 3 heures. Rien qui la distingue a priori d’une plongée robuste et abordable des années 80/90, jusqu’à ce qu’on retourne le boîtier.
Le cadran crème patiné donne à cette Zodiac un caractère très éloigné des rééditions actuelles de la marque : c’est un objet qui a vécu, avec une luminescence désormais ambrée plutôt que blanche, et une lunette qui a pris une légère patine sur les biseaux. Les gardes-couronne protègent efficacement la couronne sans alourdir visuellement le boîtier.
Le marquage « B » de Brest


Le détail qui change tout se trouve au dos : dans un cartouche octogonal, la gravure « 921 B ». Les Zodiac connues à ce jour portent toutes un numéro d’affectation se terminant par la lettre B, ce qui renverrait à leur base d’origine : Brest.
Mon exemplaire, le 921B, est présent sur le livre Registre de Watchistry en pages 250-251, accompagné d’un second exemplaire (933B).
On retrouve également une trace de cette même famille de montres du côté des ventes aux enchères : un lot Zodiac vendu par l’étude Thierry de Maigret, gravé « 928B », partage le même boîtier tonneau, le même cadran crème et le même dateur à 3 heures. Seul bémol : la maison de vente datait la pièce « vers 1970 », une estimation difficilement compatible avec un mouvement quartz qui n’équipe les montres de plongée grand public qu’à partir de la fin des années 1970, et plus largement dans les années 80-90.
La datation quartz rendent une origine dans les années 1980 ou 1990 nettement plus vraisemblable.
Le point rouge : un marqueur de gamme, pas un simple logo
Sur le cadran, ce petit disque rouge n’est ni un repère fonctionnel de plongée ni une trace de radioactivité vintage : c’est la signature visuelle d’une gamme entière chez Zodiac. Au tournant des années 1990, sous la direction de Willy Gad Monnier, ancien directeur financier de Heuer puis dirigeant de TAG Heuer, repris en main de Zodiac après une première faillite, la marque restructure son catalogue outil autour d’un système à plusieurs niveaux, chacun identifié par un point de couleur apposé sur le cadran : le Red Point (à l’origine de la 921B), le Silver Point, le Gold Point (« Elegant Sports Watches », plaqué or), et un plus rare Blue Point réservé à la lignée Sea Wolf (« Ultra-Resistant Professional Divers Watches »).

Est-ce purement commercial ? Les avis divergent chez les collectionneurs, et Zodiac elle-même n’a jamais vraiment tranché. Deux publicités d’époque donnent des indices, mais pas une réponse univoque.
La première (1992) présente les trois points ensemble, de façon générique, comme la « marque concrète » d’un même engagement qualité, chaque montre passant par 92 postes de contrôle en usine, pour un niveau revendiqué « 50 % plus élevé que la moyenne suisse ».

La seconde (1993) est une publicité dédiée à la seule ligne Silver Point, distribuée en France par Auricoste, et lui associe un slogan précis : « Le POINT ARGENT symbolise chez Zodiac, qualité et haute fiabilité. »
Je n’ai pas retrouvé de publicité équivalente pour le Red ou le Gold Point
Les spécialistes de la marque nuancent d’ailleurs : certains y voient une vraie distinction technique (verre acrylique contre saphir, finition du mouvement, type de bracelet), à la façon dont Toyota positionne Lexus au-dessus de sa propre gamme ; d’autres estiment qu’elle reposait surtout sur le positionnement tarifaire, avec un chevauchement important des caractéristiques d’une ligne à l’autre. Même l’ordre de hiérarchie entre les trois gammes reste débattu.
Une chose est plus solidement établie : le Gold Point, plaqué or et positionné comme la ligne « élégante », se vendait sensiblement plus cher que les autres.
Le point rouge de notre 921B n’est pas propre à l’exemplaire militaire : c’est le marqueur générique de toute la ligne Red Point, mais il prend, sur une pièce à la provenance Marine nationale, une résonance particulière.
Reste une zone d’ombre, assumée : aucune archive officielle de la Marine nationale ni de Zodiac ne vient aujourd’hui confirmer un contrat de fourniture formel. C’est ce qui rend cette petite série si particulière, une montre de plongée militaire française qui doit encore, en partie, être écrite.
Mise à jour contact avec Zodiac
J’ai contacté le service client de Zodiac (Fossil Group) pour savoir si la marque conservait une trace d’un éventuel contrat avec la Marine nationale. Leur réponse, transmise après consultation de leurs équipes internes, est malheureusement la suivante :
Nous ne disposons pas d’informations supplémentaires dans nos archives concernant cette gravure ou une éventuelle attribution à la Marine nationale française.
Zodiac indique même que ce type de marquage militaire français leur était jusqu’ici inconnu : « ces marquages militaires français étaient particulièrement intéressants » et n’avaient, à leur connaissance, jamais été signalés auparavant. Une absence d’archives qui, loin de clore le sujet, confirme le caractère confidentiel et largement non documenté de cette petite série.
Zodiac m’a par ailleurs orienté vers un collectionneur et historien de la marque : Yuriy Vakulenko. Il m’a confirmé que les archives Zodiac avait malheureusement été détruites, la seule piste pour retrouver trace de ces montres semblent donc être les archives militaires.
