Dans la galaxie des montres ayant équipé les plongeurs de la Marine Nationale, une marque fait figure d’exception : ni suisse, ni française.

Casio, et en particulier la légendaire G-Shock DW-9000, a pourtant bel et bien équipé l’armée française pendant plusieurs années, au même titre que des références autrement plus collectionnées comme les Tudor, Auricoste, Bianchi ou Aquastar. Voici l’histoire de l’exemplaire TN 1998 présenté ici.

Une chronologie d’équipement bien identifiée

Avant la DW-9000, plusieurs modèles Casio se sont succédés en dotation à la Marine Nationale. Selon la chronologie établie par Old Time Heure, c’est d’abord la DW-5600 (sortie en 1989, fond acier vissé, montres encore dotées de leur numéro de série) qui équipe notamment l’École de plongée. Elle est suivie par la DW-002 (sortie en 1994), avant que la DW-9000 (sortie en 1997) ne soit mise en dotation du COFUSCO en 1998 et 1999. Elle sera plus tard remplacée par la Timex Ironman réf. T56442.

D’autres références Casio ont marqué cette période : la DW-002 pour les plongeurs démineurs de Saint-Mandrier, la G-2900F (plongeurs démineurs et Commando Hubert), ou encore la DW-6000/DW-6600 pour les unités antiterroristes.

Le COFUSCO, héritier des commandos de la Seconde Guerre mondiale

La DW-9000 s’est notamment illustrée au poignet du Commando Hubert, l’unité de nageurs de combat de la Marine Nationale. Ce commando trouve ses origines dans la Troop 1 (Première Compagnie de Fusiliers-Marins Commando), créée pendant la Seconde Guerre mondiale sous le commandement du commandant Philippe Kieffer, puis du lieutenant Charles Trepel. Entraînée par les commandos britanniques, cette unité participera au débarquement de Ouistreham aux côtés de la 1st Special Service Brigade.

Après-guerre, plusieurs commandos sont créés en hommage à des officiers commandos tués au combat : Trepel, de Montfort, François (1947), puis le Commando Hubert en décembre 1947, qui devient une unité de nageurs de combat en 1953. Implanté à Saint-Mandrier (Toulon) depuis 1965 ; la Méditerranée, peu soumise aux marées, s’y prêtant particulièrement bien à l’entraînement ; il reste rattaché administrativement au Groupement de Fusiliers Marins Commandos installé à Lorient en 1969, tout en conservant sa base toulonnaise.

C’est dans ce contexte qu’est créé en 1982-1983 le COFUSCO (Commandement des fusiliers marins et des commandos), période durant laquelle les Casio, et en particulier la DW-9000, équipent notamment le Commando Hubert. Le COFUSCO deviendra FORFUSCO en 2001.

Le système de gravure : décrypter « TN 1998 »

Le fond de boîte de l’exemplaire présenté ici porte la gravure « TN 1998 ».

Cette gravure correspond précisément à l’un des deux systèmes de marquage identifiés par Old Time Heure pour les DW-9000 du COFUSCO :

  • un premier système, vu uniquement sur l’année 1998, du type « L-98/45 » (lettre de la base + année + numéro de dotation), relevé exclusivement sur des montres fabriquées en Malaisie ou au Japon ;
  • un second système, à deux lettres suivies de l’année (BT, LT, TN), correspondant respectivement à Brest, Lorient et Toulon.

Mon exemplaire appartient à ce second système : TN = Toulon. Précision intéressante, Old Time Heure relève l’existence de deux variantes de fabrication pour le marquage « TN 1998 » : une fabriquée en Malaisie, et une seconde « fond différent », fabriquée en Thaïlande ; c’est précisément cette dernière variante que porte cet exemplaire, dont le fond indique bien « MADE IN THAILAND ».

Le marquage « TN » désigne une affectation via l’Arsenal/le Service des Approvisionnements de la Flotte de Toulon ; il ne renvoie pas à une unité unique. Watchistry documente ainsi plusieurs DW-9000/9052 « TN » achetées directement auprès d’Yves Pastre et livrées à des unités très différentes basées ou de passage à Toulon :

  • la CIFUSIL (Compagnie de fusiliers marins, protection de l’Arsenal),
  • le CEPHISMER (Centre d’expertise plongée humaine et interventions sous la mer, utilisée par un plongeur hyperbare),
  • le Commando Hubert,
  • ou encore le porte-avions Charles de Gaulle (mission Agapanthe 07, via un fusilier marin embarqué).

Old Time Heure mentionne en outre des DW-9000 en dotation au SHOM (gravées « N°… ») et aux plongeurs démineurs de Saint-Mandrier, sans que ces dernières portent nécessairement la mention TN.

Le marquage « TN 1998 » seul ne permet donc pas, à lui seul, d’identifier l’unité précise de notre exemplaire.

L’insigne du bracelet : nageurs de combat ou Aéronautique navale ?

Particularité de cet exemplaire : son bracelet d’origine porte encore une petite broche métallique de couleur bronze-doré. Il s’agit de l’insigne de brevet des nageurs de combat, dessinée par le capitaine Jacques Dupas (nageur n°3).

Elle oriente plutôt vers le Commando Hubert. Mais comme on l’a vu, le marquage « TN » couvre aussi bien le Commando Hubert que la CIFUSIL, le CEPHISMER ou d’autres unités basées à Toulon ; la présence de cette insigne ne suffit donc pas à elle seule à établir une affectation précise, d’autant que rien ne garantit qu’il provienne du premier porteur de la montre.

Watchistry note par ailleurs que plusieurs G-Shock affectées à la Marine Nationale ont été retrouvées avec ce type de pin encore fixé au bracelet, probablement installé par leur porteur d’origine ; une pratique documentée qui rend l’hypothèse plausible, sans pour autant garantir qu’il s’agisse, dans ce cas précis, de la broche d’origine du premier porteur.


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