Parmi les montres ayant équipé la Marine Nationale dans les années 1980, Le Forban Sécurité Mer occupe une place particulière : peu documentée, souvent confondue avec d’autres marques françaises partageant le même boîtier, elle reste pourtant l’une des plongeuses françaises les plus authentiquement « MN » qu’il soit possible de trouver aujourd’hui sur le marché vintage.

Voici l’histoire de l’exemplaire M.N. 077, et de ce qu’on peut en dire avec certitude.

Le Forban Sécurité Mer, une marque française née en 1969

Fondée en 1969, Le Forban Sécurité Mer fait partie des rares marques françaises à s’être spécialisées dans la montre de plongée tout en équipant directement des unités militaires et paramilitaires. La marque connaît son apogée dans les années 1970-1980, période durant laquelle certaines de ses références sont distribuées aux plongeurs de la Marine Nationale, aux PATMAR (patrouilles maritimes) et, selon plusieurs sources, à des unités de l’Aéronavale. Elle tombe ensuite dans l’oubli avant d’être relancée en 2019 par Jean-Sébastien Coste, également associé à la renaissance de la marque Triton.

Le boîtier « Monnin », fabriqué par MRP SA

L’exemplaire M.N. 077 appartient à cette dernière génération : un boîtier quartz en acier, à fond et couronne vissés, étanche annoncé 20 ATM. Ce boîtier est connu des collectionneurs sous le nom de boîtier « Monnin », du nom de l’horloger français Georges Monnin, qui l’avait initialement assemblé pour le compte de la maison Heuer. Dans les années 1980, ce même boîtier est repris par plusieurs marques françaises pour leurs modèles de plongée quartz ; Le Forban, mais aussi Elvia et Luxia, comme le montre la photo de groupe où les trois montres sont visiblement bâties sur une carrure similaire.

Le fond intérieur de la boîte porte la mention :

BREVET ⊕ 503305 — M.R.P. SA

M.R.P. SA est un fabricant suisse de boîtes de montres, fondé en 1953 à Alle (Jura) par ses trois associés Marchand, Roth et Petignat ; d’où l’acronyme. Racheté par Georges Hauert en 1979, l’atelier reste aujourd’hui l’un des grands fabricants indépendants de boîtes haut de gamme en Suisse. C’est donc bien un sous-traitant de boîtiers, et non une marque horlogère : il fournissait sa production à plusieurs maisons clientes, ce qui explique que l’on retrouve la même carrure sous plusieurs noms de cadran.

Une comparaison avec le livre Watchistry de Scott Heileson, consacré aux montres de la Marine Nationale, permet de préciser ce boîtier : l’exemplaire qu’il documente (M.N. 015) porte le même brevet associé à un boîtier à lunette unidirectionnelle intégrée. Sur cette base, l’auteur émet l’hypothèse que la lunette bidirectionnelle de son propre exemplaire serait un remplacement tardif, la configuration d’origine étant probablement une lunette acrylique à crans, à l’image des modèles « Airin » contemporains qu’il documente par ailleurs.

Sur ce point précis, l’exemplaire M.N. 077 présenté ici a l’avantage d’avoir conservé sa lunette unidirectionnelle. On peut donc raisonnablement penser que cette lunette est plus proche de la configuration d’origine que celle de l’exemplaire M.N. 015.

Le mouvement : un quartz suisse

Le fond de boîte est gravé « M.N. 077 — WATERRESISTANT 20 ATM — ALL STAINLESS STEEL ».

À l’intérieur, le mouvement quartz (FE 7120) est cohérent avec une production des années 1980.

Gravée par l’atelier Yves Pastre, horloger de la Marine à Toulon

Le registre de l’atelier Yves Pastre conserve la trace du marquage des boîtiers communs livrés à la Marine Nationale. Une ligne du registre, datée du 9 décembre 1987, porte la mention « Montres Forban à graver », accompagnée d’une plage de numéros (100 à 50) et d’un montant de 5000 francs ; confirmant qu’un lot de montres Le Forban a bien été gravé par cet atelier à cette date.

Comme de nombreuses Le Forban MN que j’ai eu l’occasion de croiser, cet exemplaire ne porte pas d’inscription typique d’Yves Pastre sur le fond intérieur du boîtier.


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