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Besançon, capitale de l’horlogerie française
Il y a une ville en France où l’horlogerie n’est pas une industrie parmi d’autres. Besançon, à quelques kilomètres de la frontière suisse, a longtemps été le cœur battant de la fabrication horlogère française. C’est là que les grandes maisons s’installent, que les savoirs se transmettent, que les ateliers fonctionnent de génération en génération.
La maison Dodane est l’une des plus emblématiques de cette tradition.
Fondée en 1857 à La Rasse par Alphonse Dodane et son beau-père François-Xavier Joubert, elle produit d’abord des ébauches destinées à d’autres maisons. La deuxième génération migre vers Morteau. La troisième, incarnée par Raymond Dodane, s’installe à Besançon en 1929. C’est lui qui va faire de la marque l’un des grands noms de l’horlogerie militaire française. De 1939 à 1943, en pleine guerre, il fait construire avenue de Montrapon une usine monumentale, conçue par les frères Auguste et Gustave Perret (les architectes du béton armé, ceux du Havre). Le bâtiment est aujourd’hui inscrit aux monuments historiques.
C’est sous la signature Raymond Dodane, Besançon que seront produits les chronographes militaires qui font la réputation de la maison.
Fournisseur du Ministère de la Guerre
Avant les Type 20 et Type 21 qui équiperont les pilotes de l’armée de l’air à partir des années 1950, Dodane fournit le Ministère de la Guerre avec des chronographes de poche militaires. Ces instruments ne sont pas destinés aux cockpits : ils accompagnent les officiers, les observateurs, les artilleurs partout où une mesure précise du temps est nécessaire sur le terrain ou à bord.
Le format est normalisé : boîtier chromé de grande taille, cadran émaillé blanc, deux compteurs, poussoir de chronographe latéral. Les exemplaires sont gravés au fond MG (Ministère de la Guerre) suivi d’un numéro de marché et d’un numéro individuel.
La série 200 est bien documentée : j’ai déjà croisé plusieurs numéros 200-422, 200-593, 200-848, 200-1384, ce qui confirme plus d’un millier de pièces produites dans ce lot.
La production de ces chronographes de poche MG s’étend vraisemblablement des années 1930 aux années 1950 une longue continuité qui traverse la Seconde Guerre mondiale, période pendant laquelle Dodane, comme Auricoste et Breguet, continue à livrer les armées françaises dans des conditions historiques complexes.
L’instrument


Ce chronographe mesure 52 mm de diamètre, une grande taille, pensée pour la lisibilité en conditions difficiles, avec des gants ou sous une mauvaise lumière.
Le boîtier chromé, à fond clippé, porte au dos la gravure réglementaire en deux lignes :
M.G.
200 – 848
Le cadran émaillé blanc est en bel état, il a traversé les décennies sans craquelure majeure. Il est signé RAYMOND DODANE / BESANÇON en son centre, avec deux compteurs encadrés de chemins de fer finement gravés : le totalisateur des minutes à 12 heures (gradué 0-30), la trotteuse chronographe à 6 heures (graduée 0-60). La minuterie périphérique est divisée au quart de seconde. Les aiguilles glaive en acier bleui, fines et précises, tranchent nettement sur le blanc de l’émail.
Le déclenchement et l’arrêt du chronographe se fait par le poussoir à 12 heures. Le poussoir latéral à 2 heures permit la remise à zéro.
Le mouvement


En ouvrant le fond, on découvre l’une des plus belles vues que peut offrir un chronographe de poche : une platine laiton dorée, finition côtes de Genève, sur laquelle repose un mécanisme de chronographe à roue à colonnes, la construction noble, celle qui donne au déclenchement un toucher précis et une durabilité supérieure au système à came.
Les rubis sont sertis dans des chatons dorés. La roue d’échappement, le levier, le balancier : tout est visible, accessible, dans l’ordre parfait d’une horlogerie conçue pour durer. Le numéro 2128 est gravé sur la platine. Le calibre est un Valjoux à remontage manuel.
Le mouvement est fonctionnel, ce qui, après plusieurs décennies de service et de stockage, n’a rien d’acquis. Une révision est à envisager pour lubrifier et régler, mais la base mécanique est saine.
Une pièce de collection sans écrin
Cet exemplaire m’est parvenu sans son coffret d’origine. Les écrins en bois Dodane, qui accompagnaient les chronographes MG lors de leur livraison, sont souvent perdus ou séparés de l’instrument au fil des décennies et des successions.
La montre a été acquise auprès d’un collectionneur particulier. Une transmission entre passionnés, sans passage par les ventes publiques, qui est souvent le meilleur chemin pour les pièces ayant déjà été triées et conservées avec soin.
