Si vous avez des informations complémentaires à propos de cette référence, n’hésitez pas à me contacter.

Une maison dans l’ombre

Dans le monde des instruments militaires français, certains noms s’imposent immédiatement : Breguet, Auricoste, Dodane. D’autres restent dans l’ombre, non par défaut de qualité, mais parce qu’ils ont travaillé discrètement, pour des commandes précises, sans chercher à exister sur le marché civil. Foucher, Paris est de ceux-là.

La maison est peu documentée. Aucune date de fondation certaine, aucune monographie connue à ce jour. Ce qu’on sait, c’est que Foucher a fonctionné comme fournisseur, probablement un importateur-distributeur parisien qui s’approvisionnait en mouvements et en boîtiers auprès de fabricants suisses ou franc-comtois, les assemblait ou les faisait assembler selon un cahier des charges militaire, et les livrait aux services de l’État sous son propre nom. Ce modèle était courant dans l’horlogerie française de la première moitié du XXe siècle : la valeur ajoutée résidait dans la relation commerciale avec les armées, la conformité aux spécifications techniques, et la capacité à livrer en volume.

Ce qui est certain, c’est que Foucher a fourni la Marine Nationale Aéronautique Navale, l’aéronavale française, avec des chronographes de poche de qualité, livrés dans des coffrets en bois numérotés, avec une gravure militaire normalisée.

L’Aéronautique Navale et ses chronographes

L’Aéronautique Navale est la composante aérienne de la Marine Nationale française, les pilotes embarqués sur porte-avions, les équipages de patrouille maritime, les nageurs de combat aéroportés. Dès les années 1930 et tout au long de la Seconde Guerre mondiale et de l’après-guerre, les aviateurs navals ont besoin d’instruments de chronométrage précis et robustes : pour calculer les temps de vol, gérer les phases d’approche, synchroniser les missions.

L’outil standard est alors le chronographe de poche militaire, pas une montre-bracelet, mais un instrument tenu en main ou glissé dans une poche de combinaison, sorti de son coffret pour mesurer une durée précise. Plusieurs maisons fournissent l’Aéronautique Navale sur ce segment : Breguet avec ses chronomètres de bord, Auricoste avec ses instruments de navigation, et des fournisseurs plus discrets comme Foucher.

L’instrument

Ce chronographe de poche est en métal chromé, 51 mm de diamètre. Le boîtier, à fond à pression double sur charnière, est sobre et fonctionnel, conçu pour encaisser le service, pas pour briller.

Le cadran noir est lisible au premier coup d’œil : minuterie périphérique, chiffres arabes, deux compteurs. La trotteuse chronographe est à 6 heures ; le totalisateur des minutes est à 12 heures, gradué sur 60 minutes. Le système mono-poussoir déclenche, arrête et remet à zéro en séquence. Pas de complication superflue.

Un détail mérite attention : le système d’avance/retard du mouvement est accessible depuis l’extérieur, derrière un petit volet coulissant sur le côté du boîtier. C’est une caractéristique de confort d’utilisation opérationnelle, elle permet de corriger la marche sans ouvrir l’instrument, avec les mains gantées si nécessaire.

Le mouvement est mécanique, à remontage manuel.
Il recèle un détail remarquable : un compartiment intégré pour les pièces de rechange, logé dans le mouvement lui-même. Ce type de disposition, présent sur certains chronographes militaires de poche des années 1940-50, est une pure logique opérationnelle, l’instrument doit pouvoir être réparé en conditions de terrain, sans atelier, sans pièces commandées. Le compartiment pouvait contenir un ressort spiral de rechange, une aiguille, parfois un petit outil. Sur cet exemplaire, je garde son contenu mystérieux pour l’instant.

Le coffret et ses inscriptions

La montre est livrée dans son coffret en bois d’origine, dont le couvercle porte un cartouche gravé :

MARINE NATIONALE AÉRONAUTIQUE NAVALE
0162 B FOUCHER

Ce numéro mérite qu’on s’y arrête. D’autres exemplaires connus permettent de commencer à reconstituer la série :

  • N° 0162 B
  • N° 0163 B
  • N° 0199 B, passé chez Rossini.

Les numéros individuels (0162, 0163, 0199) identifient chaque pièce dans la série. La lettre B apparaît sur tous les exemplaires documentés, elle désigne probablement une version ou un sous-lot de la commande.

Avec un numéro individuel atteignant au moins 0199, on peut estimer que la commande portait sur au moins deux cents exemplaires, probablement davantage.

L’étiquette Dymo

Sur le coffret, une étiquette Dymo de l’époque porte les lettres DGE. Ce type d’étiquettes était couramment utilisé dans les services militaires et administratifs français pour marquer et tracer les équipements, un rangement, un poste, une affectation.

La signification exacte de DGE n’est pas établie avec certitude. Dans le contexte de l’Aéronautique Navale, plusieurs pistes sont plausibles : une Direction, une Division, ou un Groupe d’Équipement. Mais sans document d’archive pour confirmer, toute interprétation reste conjecturale. L’étiquette est néanmoins un témoin de service authentique, la preuve que cet instrument a été rangé quelque part, identifié, géré dans un stock matériel de l’aéronavale.

Si vous avez des informations sur la signification de ce sigle dans le contexte des services de l’Aéronautique Navale, n’hésitez pas à me contacter.

Un instrument de service

Ce chronographe n’est pas une pièce de collection au sens où on l’entend habituellement, il n’a pas été conçu pour être admiré. Il a été conçu pour être utilisé : sorti d’un casier, déclenché en vol ou sur le pont, remis dans son coffret. Le cadran noir, les chiffres lisibles, le totalisateur à 12 heures, le système d’avance/retard externe, chaque détail répond à une contrainte opérationnelle précise.

Le coffret en bois, avec son logement taillé pour accueillir exactement le chronographe, rappelle cette logique d’équipement militaire normalisé : chaque pièce à sa place, chaque pièce identifiée, chaque pièce traçable.

Ce qui rend ces instruments attachants pour le collectionneur, c’est précisément ça : ils ne racontent pas une histoire de style ou de prestige, mais une histoire d’usage. Un chrono qui a mesuré des durées réelles, dans des situations réelles, porté par des gens dont on ne connaîtra jamais les noms.


Laisser un commentaire