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Aquastar « au service de la mer »

Il y a des marques que l’on ne croise pas par hasard.

Fondée à Genève, la manufacture Aquastar s’est construite une réputation singulière : celle d’un équipementier sérieux, distribué non pas dans les bijouteries, mais dans les magasins de plongée. Chez les professionnels. Là où l’on parle de tables de décompression, de profondimètres et de compas modulaires.

Publicité issue du magazine L’Aventure sous-marine n°80, mai 1970.

La gamme des années 1970 le dit sans détour : Seatime (Ref. 1000), Seatime Dame (Ref. 1004), Régate (Ref. 000.5), et au sommet, la Benthos 500 (Ref. 1002). Chacun à sa place, chacun à son usage.

Le slogan de l’époque résume tout : « Aquastar, la précision suisse au service de la mer. »

Une première en 1968

La Benthos 500 n’est pas simplement une belle montre de plongée. C’est, à sa sortie, la première montre de plongée au monde certifiée étanche à 500 mètres sans boîtier monobloc. Une prouesse technique que ses contemporaines, même les plus réputées, ne proposaient pas.

Mais ce n’est pas sa seule singularité.

En 1968, Aquastar dépose un brevet pour un mécanisme qui n’existe nulle part ailleurs : un totalisateur central de 60 minutes à flyback, commandé par un monopoussoir à 4 heures. Son rôle ? Permettre au plongeur de chronométrer sa plongée et de gérer sa décompression, en combinaison avec les graduations de la lunette unidirectionnelle.

L’aiguille qui commande ce mécanisme est immédiatement reconnaissable : elle est orange, en forme de flèche, plantée au centre du cadran. On pourrait la confondre avec une aiguille GMT. Ce serait une erreur. C’est un outil de plongée.

Lire la montre

Le cadran est noir, mat, sans concession décorative.

La signature « Aquastar Genève SA » occupe le haut. En dessous, « Benthos 500 ». En bas du cadran, discret mais important : « T Swiss Made T », le marquage tritium réglementaire de l’époque.

Les index sont rectangulaires, généreux, conçus pour être lus sous l’eau, dans l’obscurité, sous pression. La lueur du tritium a patiné avec les années : elle a pris cette teinte crème dorée que les collectionneurs reconnaissent immédiatement et que les reproductions peuvent difficilement imiter.

Les aiguilles des heures et des minutes suivent la même logique : larges, lisibles, patinées. Et puis il y a l’aiguille orange, la raison d’être de cette montre. Triangle à son extrémité, elle pointe vers les graduations internes du cadran. Sur mon exemplaire, après révision, elle se stabilise à 55 minutes. Ce n’est pas un défaut : c’est une caractéristique documentée du mécanisme, qui présente une dérive inhérente de cinq minutes par heure. Un comportement by design, lié à la construction même du module.

La lunette est unidirectionnelle, à crantage ferme. Le triangle de position à midi, orange lui aussi, a légèrement patiné.

Ce que révèle le boîtier

Le boîtier est en acier inoxydable, 43mm. La couronne vissée se trouve à 2 heures, position inhabituelle, pensée pour le plongeur en action. Le monopoussoir du totalisateur est à 4 heures.

La forme générale est trapue, puissante, sans élégance inutile. Les cornes courtes et épaisses ancrent la montre au poignet. Elle ne cherche pas à séduire. Elle cherche à tenir.

Au dos : le fond vissé à six encoches, orné du logo Aquastar en relief, l’étoile de mer entourée de la mention « Aquastar Genève ». En périphérie du fond :

  • la référence : 1002
  • le numéro de série : 4100661.

À l’intérieur, le mouvement est un A. Schild 2162, base mécanique modifiée par Aquastar pour intégrer le module totalisateur breveté. Une mécanique sérieuse, conçue pour la rigueur, pas pour la vitrine. Récemment révisé (2026) : démontage complet, nettoyage, lubrification, remplacement du ressort de barillet, contrôle de la marche. La montre fonctionne.

Une montre que l’on ne répare pas facilement

C’est le revers de la singularité.

Le module totalisateur de la Benthos 500 est une pièce unique. Les pièces de rechange n’existent plus. Les horlogers capables d’intervenir dessus se comptent sur les doigts d’une main. Les spécialistes de la marque le disent clairement : si le mécanisme tombe en panne, les chances de réparation diminuent chaque année qui passe.

C’est une montre à porter avec conscience. Pas à solliciter à la légère.

Dans les magazines de l’époque

Les publicités Aquastar des années 1970 racontent mieux que n’importe quel catalogue ce qu’était la marque.

Dans les pages des magazines de plongée francophones on croise le distributeur français Le Spondyle S.A.R.L. à Juan-les-Pins, la Benthos 500 voisine avec le compas modulaire, le profondimètre Oil tube et la montre Glasstar. Une gamme cohérente, pensée pour l’équipement complet du plongeur professionnel.

Le texte publicitaire est sobre, presque technique : « pour la programmation de la plongée, un ordinateur de décompression. Chez les revendeurs spécialisés. »

Ce qu’elle dit aujourd’hui

Plus de cinquante ans après sa sortie, la Benthos 500 reste une montre difficile à qualifier simplement.

Elle n’est pas rare au sens strict : plusieurs centaines ont été produites. Mais les exemplaires survivants en bon état, avec leur totalisateur fonctionnel, leur cadran intact et leur patine honnête, sont devenus difficiles à trouver. Les prix (en 2026) sur le marché de l’occasion, entre 4 000 et 6 000 euros pour un bel exemple, le confirment.

En 2025, Aquastar a sorti une réédition : le Benthos 500 II Founder’s Edition, limitée à 300 pièces, animée d’un nouveau mouvement développé avec La Joux-Perret. Un hommage sérieux à l’original.

L’originale, elle, a quelque chose que la réédition ne peut pas avoir : elle a plongé. Elle a été portée. Elle a servi.


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