Jacques Bianchi JB300 (1993–1994), la plongeuse de dotation de l’Armée de terre

Un homme, un atelier, une ville

Il y a des histoires d’horlogerie qui ne viennent pas de Genève, ni du Locle, ni de La Chaux-de-Fonds.

Celle-là vient de Marseille. Du Vieux Port, plus précisément, d’un immeuble discret dont l’atelier, rempli de montres étiquetées, de pendules démontées et de caissons de test faits maison, donne sur les quais. Jacques Bianchi y porte la blouse blanche depuis un demi-siècle.

Son parcours est celui d’un artisan complet. Diplômé de l’École d’horlogerie de Marseille, il dirige d’abord le service après-vente régional de la maison LIP (jusqu’à 600 montres par mois). Il devient horloger agréé Rolex en 1974, répare les Submariner et Sea Dweller des plongeurs de la Comex, conçoit des prototypes d’étanchéité pour Jacques Mayol, côtoie le Commandant Cousteau et son second Albert Falco. Il invente des procédés d’étanchéification des poussoirs de chronographes de régate, développe ses propres caissons de test en pleine mer.

Marseille est une capitale de la plongée pour des raisons géographiques autant qu’industrielles ; la Comex, la FFESSM, Beuchat Diving y sont toutes nées ou installées. Pour Bianchi, la montre étanche, c’est un instrument de travail, qu’il connaît de l’intérieur.

C’est dans ce contexte qu’il crée sa propre marque, dont deux modèles auront les faveurs de l’Armée française.

La JB200 d’abord, puis l’Armée de terre

Au milieu des années 1980, Jacques Bianchi développe la JB200 : étanche à 200 mètres, motorisée par un mouvement quartz France-Ébauches (FE 7121), reconnaissable entre mille grâce à la silhouette d’un homme-grenouille peinte sur son cadran noir. Boîtier acier 42 mm, couronne à gauche, un look « destro » totalement singulier pour l’époque.

Plusieurs dossiers de l’époque présentent cette montre :

La production est confidentielle au départ, distribuée dans des boutiques d’accastillage et de plongée du sud-est de la France. Mais la qualité se remarque : vers la fin des années 1980, la Marine Nationale commande plusieurs dizaines d’exemplaires via les Approvisionnements de la Flotte. Plusieurs JB200 sont ensuite identifiées dans le Registre de l’horloger de la Marine, celui d’Yves Pastre, pour révisions aux unités de Saint-Raphaël, Saint-Mandrier, et au Groupement des Plongeurs Démineurs.

La JB300, conception et dotation

La JB300 est distribuée à partir de 1993. Elle était réservée à la dotation militaire, aucune pièce n’était destinée au grand public à l’origine.

Le boîtier, taillé dans l’acier 316L, affiche 42 mm de diamètre pour 20 mm d’entre-cornes. La carrure satinée limite les reflets en conditions opérationnelles. La lunette unidirectionnelle à 60 clics, dotée d’un insert noir mat, garantit une manipulation sûre même avec des gants de plongée. L’étanchéité est annoncée à 300 mètres (d’où le nom) scellée par un fond vissé.

Le cadran est un manifeste de lisibilité : larges index ronds et rectangulaires, triangle à midi, aiguilles massives généreusement recouvertes de matière luminescente. La trotteuse, avec sa pastille lumineuse à l’extrémité, se lit d’un coup d’œil. La mention « Armée de terre » figure sous le 12, accompagnée de l’insigne tricolore. En partie basse : J. Bianchi — Marseille — 300 mètres — Automatique.

Le détail souvent méconnu : un anneau 24 heures imprimé en rouge, inscrit entre les index et le centre du cadran. Les chiffres 13 à 24 sont visibles en rouge, un outil discret pour distinguer immédiatement AM et PM en lecture rapide, sans avoir à compter.

Sous le verre plat bat un ETA 2824-2 automatique, calibre réputé pour sa fiabilité et sa simplicité d’entretien en conditions de terrain.

Les premiers exemplaires utilisaient du tritium pour le lume ; les pièces tardives ou révisées sont passées au Luminova.

Lire le fond de boîte

Les exemplaires militaires sont gravés selon un format normalisé. Ce modèle porte au dos : 11-94 447.

La lecture est simple : 11 désigne le onzième lot de commande, 94 indique l’année de fabrication : 1994. Ce numéro confirme qu’il s’agit d’une pièce de la deuxième année de production, issue d’une commande de dotation.

Cet exemplaire, et le retour chez Bianchi

Cet exemplaire est donc un lot 94, second millésime de production de la JB300, un an après les premières livraisons de 1993. Le cadran est intact, la patine honnête. L’anneau 24h rouge est parfaitement lisible. L’insert de lunette conserve sa texture mat caractéristique.

En janvier 2026, la montre est passée en révision aux Ateliers Bianchi, à Marseille ; le même atelier qui l’a conçue, trente ans plus tôt. Le test d’étanchéité au Proofmaster est concluant :

Dix bars équivalent à 100 mètres de profondeur. Les déformations mesurées sont remarquablement faibles, le boîtier tient parfaitement ses joints après trois décennies. Pour une montre de dotation qui a connu la vie militaire, c’est un résultat remarquable.

Il n’y a pas souvent l’occasion de faire réviser une montre par son propre créateur. Ici, c’est le cas.

Une montre-outil avant tout

Pensée pour la lisibilité et la robustesse, la JB300 n’avait aucune ambition esthétique au sens commercial du terme. Son large cadran contrasté, sa lunette crantée, son absence totale d’artifice servaient un seul but : permettre aux plongeurs de l’Armée de terre de lire l’heure immédiatement, même dans la boue, le froid ou l’eau trouble. Plusieurs témoignages d’époque évoquent sa robustesse et la précision de son calibre malgré les chocs et les variations de pression.

C’est précisément ce qui en fait aujourd’hui une pièce de collection cohérente : on ne collectionne pas un objet de décoration, mais la trace d’un usage réel, conçu par un artisan qui connaissait ses utilisateurs

Sous le verre plat, l’étanchéité est annoncée à trois cents mètres : la promesse d’une montre‑outil avant tout.

Une version professionnelle civile de la JB300 était également commercialisée. Elle est notamment visible dans un magazine Océans de 1998 :

Encart présentant la JB300 civile en 1998.

Spécifications

  • Référence J. Bianchi JB300
  • Calibre ETA 2824-2 automatique
  • Étanchéité 300 m
  • Boîtier Acier 316L, 42 mm
  • Entre-cornes 20 mm
  • Lunette Unidirectionnelle, 60 clics, insert noir mat
  • Cadran Noir, anneau 24h rouge, tritium (1ères séries) / Luminova
  • Fond Vissé, gravé lot et année de dotation
  • Lot de cet exemplaire 11 94 (1994)

Laisser un commentaire