Si vous avez des informations complémentaires à propos de cette référence, n’hésitez pas à me contacter.

Pendant des années, la Yema Superman 24.11.17 a circulé dans les milieux collectionneurs affublée d’un destin de pilote, logique apparente pour une montre militaire de l’Armée de l’Air, mais inexacte. Ce n’est qu’en 2019, grâce au travail d’enquête remarquable de TheDiveWatchGuy pour le Club Yema, et au témoignage d’un ancien sauveteur-plongeur héliporté, que la réalité a pu être établie : cette Superman a été dotée aux Ploufs, les sauveteurs-plongeurs héliportés (SPH) de l’Armée de l’Air, et non aux équipages de chasse.

Yema et la Superman

Fondée en 1948 à Besançon par Henry-Louis Belmont, Yema s’est imposée comme l’une des rares maisons d’horlogerie sportive françaises à avoir produit ses propres mouvements. La Superman, lancée en 1963, est la plongeuse emblématique de la marque : robuste, lisible, d’une étanchéité sérieuse pour l’époque. Elle a accompagné des expéditions himalayennes, des plongeurs civils et militaires, et plusieurs générations de collectionneurs.

Publicité issue du magazine L’Aventure sous-marine de janvier-février 1969

La référence 24.11.17 correspond à la version automatique de la Superman à cadran bleu, produite dans les années 1970. Elle se décline avec des index droits sur les premiers exemplaires, puis avec des index « en U pleins » sur les versions ultérieures, les deux variantes partagent la même référence. C’est cette montre, sans modification particulière par rapport au modèle civil, qui a été sélectionnée par le Commissariat de l’Air pour les unités SPH.

La chose mérite d’être soulignée : contrairement à la grande majorité des dotations militaires françaises, aucun cahier des charges spécifique n’a imposé de modification technique ou esthétique. La Superman a été choisie telle quelle, pour ses qualités intrinsèques.

Les Ploufs de l’Armée de l’Air

La sous-spécialité de sauveteur-plongeur héliporté a été créée officiellement en 1968 au sein de l’Armée de l’Air, en réponse à l’avènement de l’aviation à réaction et à la multiplication des accidents. L’idée : disposer, sur l’ensemble du territoire et dans les DOM-TOM, d’équipages capables d’intervenir en tout milieu : mer, montagne, jungle, territoire hostile ; pour récupérer des pilotes éjectés ou mener des opérations de sauvetage impossibles pour la gendarmerie ou la sécurité civile.

Ces hommes, hélitreuillés depuis des Puma ou des Caracal, plongent dans des conditions que la plupart des plongeurs ne rencontrent jamais : eaux froides, nuit, mer formée, rotation des pales au-dessus de la tête. Leurs missions couvrent les sauvetages aéro-maritimes (SAMAR), aéro-terrestres (SATER), les évacuations sanitaires (EVASAN) et, dans un registre plus discret, la dépose ou la récupération de forces spéciales.

Leur formation commence à l’École de plongée de Saint-Mandrier (une école de la Marine Nationale) ce qui explique notamment la circulation de certaines pratiques entre les deux armées, comme l’usage des bracelets velcro, adaptés dans un premier temps par les plongeurs MN depuis des lanières de frettage électrique, avant d’être passés en nomenclature et d’atteindre les unités SPH de l’Armée de l’Air.

À l’époque, les commandes de montres n’étaient pas centralisées, contrairement au système des Approvisionnements de la Flotte de la Marine Nationale. Chaque unité passait ses demandes directement auprès du Commissariat de l’Air, et les révisions étaient confiées aux horlogers locaux à proximité des bases. Ce fonctionnement décentralisé explique en partie la rareté des exemplaires documentés aujourd’hui.

Cet exemplaire

La montre présentée ici fait partie de ma collection personnelle.

Le cadran est bleu, avec des index droits, caractéristiques de la première génération de la 24.11.17 en dotation, par opposition aux versions ultérieures à index « en U pleins ». Au fond du boîtier, les gravures sont nettes : 37-74, vraisemblablement une référence datant la pièce de 1974, et la mention Armée de l’Air.

Elle est équipée d’un mouvement France Ebauches 3611.

Aucun document de déclassement n’est en ma possession.

Ce qu’on ne sait pas

On ignore à quelle unité cet exemplaire précis était affecté, ni sur quelle base il a servi. Le nombre total de Superman 24.11.17 dotées à l’Armée de l’Air reste inconnu, les quelques exemplaires recensés chez les collectionneurs laissent penser que les volumes étaient modestes, ce que confirme leur rareté sur le marché aujourd’hui.

Les Superman ont été en service depuis le début des années 1970 jusqu’au début des années 2000, avec plusieurs générations successives : les 24.11.17 à index droits puis à index en U pleins, les 53.00.16, et quelques exemplaires quartz. L’exemplaire présenté ici appartient à la première génération connue.

La réédition de 2022

En juillet 2022, Yema a dévoilé une réédition limitée à 1 000 exemplaires, visuellement inspirée de la 24.11.17 historique mais modernisée pour un usage civil, un hommage à cette page méconnue de l’horlogerie militaire française.


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