Cette montre a quitté ma collection en 2025, direction les États-Unis d’Amérique.
La référence Electra 43149 fait partie de ces montres de plongée techniques produites à la fin des années 1960, aujourd’hui rarement documentées.
D’apparence, elle reprend les codes classiques de la skin diver : boîtier acier d’environ 39 mm, lunette noire bidirectionnelle, cadran noir lisible et mouvement automatique suisse.
Mais elle se distingue immédiatement par son élément le plus singulier :
un profondimètre capillaire intégré dans le pourtour du cadran.
Ce composant fait entrer la 43149 dans un groupe très restreint de montres-instruments où l’ingéniosité mécanique était mise au service des plongeurs avant l’avènement de l’électronique.




La marque Electra et le mystère de la référence 43149
Electra apparaît dans les années 1960, principalement sur le marché français, et est parfois associée à certaines productions distribuées en parallèle de LIP. Plusieurs montres de plongée portant cette signature existent, généralement animées par des calibres ETA fiables.
Toutefois, la référence 43149 ne figure dans aucun catalogue connu.
Sa diffusion semble avoir été confidentielle, et les rares exemplaires observés montrent des caractéristiques identiques, notamment le profondimètre capillaire, ce qui laisse penser à une série limitée ou à une commande spécifique.
Un modèle jumeau : l’exemple Aquastop
Une publicité de 1969 présente une montre identique à la 43149 mais signée Aquastop.

Ce modèle Aquastop est également mentionné dans le dossier spécial montres du même magazine en août-septembre 1969.
Le descriptif mentionne :
Montre de plongée. Automatique. Inca-bloc. Trotteuse centrale. Etanche 20 atm. (200 m). Lunette tournante. Profondimètre diamètre 39 mm. Superprofessionnelle. Lecture des profondeurs de 0 à 100m. Acier inoxydable.
Les caractéristiques correspondent point par point à celles de l’Electra : diamètre, boîtier, architecture du cadran, présence du profondimètre.
Il est donc vraisemblable que les deux montres proviennent d’un même fabricant de boîtiers, distribué ensuite à différentes marques selon les circuits commerciaux.
Un boîtier partagé : Exactus, Helvetia, Nivada, Consul…

L’existence d’une Exactus Depth Meter ref. 8897 renforce cette hypothèse.
Ce modèle Exactus utilise :
- un boîtier quasiment identique,
- un tube capillaire périphérique,
- un dispositif de mise en pression par un orifice spécifique,
- un affichage de profondeur similaire.
De nombreuses marques secondaires des années 1960–70 proposaient des montres de plongée reposant sur ce même type de boîtier spécialisé. Ce phénomène est bien documenté pour des modèles signés Helvetia, Nivada, Heiermann ou Consul, présentant tous une construction comparable.



L’Electra 43149 s’inscrit donc dans un ensemble cohérent de montres produites autour d’un boîtier à profondimètre, destiné à plusieurs marques selon les marchés.
Caractéristiques détaillées
Boîtier
- Acier
- Diamètre : ~39 mm
- Lunette tournante noire
- Fond vissé, numéroté
- Étanchéité annoncée d’origine : 10 ATM
Cadran
- Noir mat
- Index et aiguilles luminescents
- Large réhaut crème gradué
- Tube capillaire visible sur tout le pourtour
Mouvement
- Automatique ETA 2472
- 21 rubis
- 18 000 A/h
- Rotor monté sur roulement à billes
- Calibre réputé pour sa fiabilité et très utilisé dans les plongeuses de cette période
Le profondimètre capillaire
La 43149 intègre un profondimètre capillaire annulaire, un dispositif mécanique rare aujourd’hui.
- Un tube capillaire, visible en périphérie du cadran, contient un volume d’air ou un fluide.
- Lors de la descente, la pression extérieure agit sur ce volume via un orifice contrôlé du boîtier ou du verre.
- L’air se comprime ; le fluide avance dans le tube.
- Ce déplacement correspond à une lecture approximative de la profondeur, lisible sur l’échelle du réhaut.
Avant les ordinateurs de plongée, ce type de dispositif permettait :
- une lecture continue de la profondeur,
- sans dépendance à l’électronique,
- directement au poignet,
- avec un fonctionnement basé uniquement sur des principes physiques simples.
Peu de montres ont utilisé ce principe, car :
- le système est délicat à produire,
- il nécessite une gestion précise de l’étanchéité,
- il supporte mal les chocs et variations thermiques,
- son entretien est complexe.
Les profondimètres capillaires intégrés restent donc une curiosité horlogère, comparable aux dispositifs des Favre-Leuba Bathy ou à certaines productions confidentielles destinées à des plongeurs amateurs.
Une production manifestement limitée
L’ensemble des éléments convergent vers l’idée d’une série restreinte :
- absence de catalogue officiel,
- très faible nombre d’exemplaires connus,
- présence de variantes identiques sous d’autres marques,
- complexité du dispositif capillaire,
- marché spécialisé à l’époque.
La 43149 fait donc partie de ces montres discrètes mais techniquement ambitieuses, développées à un moment où l’ingénierie horlogère tentait encore d’apporter au plongeur des outils réellement fonctionnels.
Conclusion
L’Electra 43149, avec son profondimètre capillaire intégré, constitue un témoignage remarquable de l’horlogerie de plongée des années 1960.
Son existence sous plusieurs marques (Electra, Aquastop, Exactus) montre qu’elle appartient à un groupe de montres issues d’un même boîtier technique, distribué selon les opportunités et les marchés.
Entre rareté, intérêt mécanique et valeur historique, il s’agit d’un modèle particulièrement représentatif de cette période d’expérimentation où l’on cherchait encore à intégrer des instruments de mesure directement dans la montre du plongeur.
