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Une famille, deux passions
Pour comprendre cette montre, il faut remonter à son origine. Constant Beuchat, descendant d’une famille horlogère helvétique originaire d’Undervelier (Suisse), s’installe à Marseille au début du XXe siècle et y fonde en 1904 une société dédiée aux montres étanches. Ses deux fils héritent chacun d’une passion différente : l’un perpétue la tradition horlogère familiale sous le nom Beuchat Chronographe, l’autre, Georges Beuchat, se tourne vers la plongée sous-marine.
Georges Beuchat devient rapidement une figure centrale de l’univers subaquatique français. En 1934, il fonde sa propre société dédiée aux équipements de plongée, invente en 1952 la première combinaison isothermique (portée notamment par Albert Falco lors des expéditions Cousteau), crée le masque Compensator (1958), les palmes Jets Fins (1964) et participe à la fondation de la FFESSM en 1948. Pionnier reconnu, il fréquente les mêmes eaux que Cousteau, Dumas et Delauze, les grandes figures de la plongée française de l’après-guerre.
Les deux branches de la famille collaborent régulièrement sur des créations communes, notamment des montres de plongée distribuées sous le nom Beuchat.
Jusqu’à la fin des années 1990, la société Beuchat reste dirigée par des membres de la famille, avant d’être reprise par la société BPlus en 2002, qui en perpétue le nom commercial.
Une présence longue à la Marine Nationale
La relation entre Beuchat et la Marine Nationale ne se limite pas aux montres. Les équipements de plongée Beuchat ont équipé les plongeurs militaires français sur plusieurs décennies : certains gilets de stabilisation Beuchat continuent d’équiper une partie de la Marine Nationale encore aujourd’hui.
Pour les montres spécifiquement, le registre de l’atelier Yves Pastre, horloger officiel à Toulon, atteste de la présence de montres Beuchat parmi les pièces entretenues pour la Marine Nationale.
Selon les exemplaires aujourd’hui connus, la dotation en montres Beuchat de la Marine Nationale s’étale principalement entre 1993 et 1997. Certains exemplaires portent la mention gravée XXXB, indiquant une affectation à Brest.
Les rares documents de déclassement connus pour ces Beuchat porteraient la désignation « MONTRE PLONGEUR DÉMINEUR ». Si cette désignation se confirme, elle orienterait la dotation vers les plongeurs démineurs de la Marine Nationale, dont les groupes (GPD) sont historiquement basés à Cherbourg, Brest et Toulon. Cette piste serait cohérente avec l’étanchéité à 1000 mètres de la montre, très supérieure aux besoins d’un plongeur classique. Il est parfois avancé que ces Beuchat seraient les seules montres étanches à 1 000 mètres mises en dotation dans les armées françaises, mais ce n’est pas tout à fait vrai, il suffit de regarder du côté de l’Aquastar Benthos II.
La montre




Il s’agit d’une montre de plongée mécanique classique, sans complication particulière au-delà d’une lunette tournante unidirectionnelle. Le calibre ETA 2824-2 PA (automatique à remontage perpétuel, Swiss Made) est l’un des mouvements les plus fiables et les plus répandus de cette génération, présent dans de nombreuses montres de service de cette période.
Le boîtier acier mesure 42 mm de diamètre au niveau de la carrure, la lunette étant légèrement plus étroite à 40,5 mm. Cette différence explique les écarts que l’on peut rencontrer d’une source à l’autre, selon l’endroit où la mesure est prise. L’entrecorne est de 20 mm, l’épaisseur d’environ 14 à 15 mm, pour un poids de 85 g. L’ensemble offre un port robuste et confortable.
Le cadran noir porte les mentions BEUCHAT, 1000M et AUTOMATIC, ainsi que l’inscription « T-SWISS MADE T » attestant de l’usage de tritium pour la matière lumineuse, conforme aux pratiques de l’époque. La couronne, positionnée à 4 heures et soigneusement intégrée dans la carrure, n’est pas logotée. Cette implantation à 4 heures rappelle celle d’autres plongeuses de dotation militaire, notamment chez Auricoste.
La référence gravée sous la montre est 1.187.1.0.04.
Le passage chez Yves Pastre

Le fond intérieur du boîtier porte une gravure : YP 10-95, soit Yves Pastre, octobre 1995. Deux ans après la livraison en 1993, la montre est donc passée en révision complète chez l’horloger officiel de la Marine à Toulon. Aucune ligne correspondante n’a été retrouvée à ce jour dans les pages du registre Pastre consultées, mais la gravure physique sur le fond est une preuve directe de cet entretien.
C’est aussi un marqueur intéressant pour comprendre la pratique de l’atelier : contrairement aux montres à quartz (Elvia, Le Forban), dont le seul entretien courant se limitait principalement à un changement de pile et ne justifiait probablement pas de gravure systématique, la Beuchat est un automatique ETA 2824-2 qui nécessite une révision mécanique complète. C’est cette intervention plus substantielle qui a conduit Pastre à graver le fond, fidèle à sa pratique habituelle sur les montres mécaniques.
Ce qu’on ne sait pas
L’unité ou la base d’affectation d’origine de cet exemplaire précis n’est pas documentée. La mention « MN 1993 9 » oriente plutôt vers Lorient (par exclusion des exemplaires gravés « B » pour Brest), mais aucun document de déclassement ni aucune archive ne vient confirmer cette hypothèse pour cette pièce.
La taille totale du lot livré à la Marine Nationale pour cette référence reste inconnue. Un autre exemplaire de la même série, portant le numéro de livraison MN 1993 21, a été observé, ce qui indique que la série de 1993 comptait au moins 21 pièces.
Plusieurs exemplaires issus de la Marine Nationale disposent encore de leur document de déclassement, mais pas celle-ci (ou en tout cas, il n’est pas en ma possession).
