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La Spirotechnique
Il y a des marques que l’on ne rencontre pas dans les bijouteries.
La Spirotechnique, filiale d’Air Liquide, naît au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour commercialiser le détendeur CG45, mis au point par Jacques-Yves Cousteau et Émile Gagnan. Elle devient rapidement le fournisseur de référence en matériel de plongée professionnel : scaphandres, détendeurs, combinaisons, compresseurs. La Marine Nationale, la Gendarmerie, la Protection Civile et les CRS figurent parmi ses clients réguliers. Son matériel est, selon ses propres publicités de l’époque, « le plus vendu au monde ».


En feuilletant un catalogue de la marque datant 1968, entre les blocs mono acier et les fusils Panthère, une ligne sobre attire l’œil : Montre TRITON, adoptée par la Marine Nationale. Réf. 143.100. 590,00 F TTC.
Une montre pensée pour le plongeur professionnel
La Triton Spirotechnique n’est pas une montre habillée qui s’aventure sous l’eau. C’est l’inverse : un instrument de plongée qui se trouve être une montre.

Conçue par des techniciens de la plongée sous-marine et réalisée par des ingénieurs spécialistes de la mesure, elle reçoit le Label de création technique au XIIIe Salon International de l’Horlogerie et est protégée par brevets, marques et modèles internationaux. Son étanchéité, certifiée à 200 mètres par le Cetehor (20 kg/cm²), repose sur un système breveté D.E.S. — double étanchéité séparée — constitué d’un capuchon sur la couronne vissée et de la protection du remontoir par la pièce articulée porte-bracelet.
La lunette est l’une des spécificités les plus remarquables de cette montre. Interchangeable, elle est disponible en plusieurs versions : Marine Nationale, U.S. Navy, Minutes, Mètres, Feet, Diving Time. Sur mon exemplaire, c’est la lunette Marine Nationale qui est en place — unidirectionnelle, à graduations spécifiques à l’usage militaire.
Le mouvement est un ETA 2783, automatique. Le cadran noir présente un détail souvent passé sous silence : le quantième est affiché en roulette bicolore, les jours pairs en noir, les jours impairs en rouge. Un soin typique de l’horlogerie professionnelle des années 1960-70, où la lisibilité rapide en conditions difficiles prime sur toute autre considération esthétique.
Deuxième génération, numéro de série MN






Les Triton Spirotechnique se répartissent en plusieurs générations bien distinctes, identifiables au premier coup d’œil par le cadran.
La première génération (réf. 143.100) porte un cadran dit « trois lignes » : au-dessus du 6, on lit soit 25 RUBIS / AUTOMATIC / INCABLOC, soit AUTOMATIQUE / 30 RUBIS / INCABLOC.
La deuxième génération (réf. 155.100) abandonne la mention des rubis sur le cadran. Il ne reste plus que deux lignes sous les aiguilles : AUTOMATIC / INCABLOC.
Mon exemplaire est une réf. 155.100, cadran deux lignes, boîtier en acier inoxydable massif, 37 mm de diamètre, cornes de 20 mm.
Sur certains exemplaires parmi les derniers, le fond de boîte délaisse également le motif plongeur et roue de gouvernail pour un fond plat et brossé (ce qui n’est pas le cas de ma version).
Le numéro 229069, gravé sur le fond, est un numéro de série Spirotechnique, pas une gravure spécifique Marine Nationale. La couronne d’origine a été remplacée par une couronne Rolex vissée au cours de la vie de service de la montre, une substitution courante, pratiquée par les horlogers lors des révisions pour pallier notamment la perte fréquente du capuchon Parmentier d’origine.
Yves Pastre, horloger de la Marine
Pour comprendre ce que signifient deux lettres gravées dans l’acier, il faut comprendre qui était Yves Pastre.
Horloger agréé par la Marine Nationale, Pastre tenait atelier à Toulon, à proximité immédiate de l’Arsenal maritime. Son rôle dépassait largement la simple révision : c’est en partie grâce à lui que ZRC développe la Grands Fonds au tournant des années 1960. Il est celui qui, en 1958, informe la marque d’un appel d’offre de la Marine, conduisant à l’une des montres de plongée professionnelles françaises les plus emblématiques.
À chaque révision, il frappait ses initiales Y.P. sur le fond de boîte intérieur, en guise de visa. Il tenait également un registre manuscrit des montres et instruments qu’il avait révisés, avec la date, le numéro de série, et parfois le bâtiment d’affectation. Les fragments de ce registre conservés jusqu’à aujourd’hui font autorité pour authentifier les pièces MN : l’ouvrage de référence Marine Nationale : REGISTRE de Scott Heileson (Watchistry) lui rend explicitement hommage dans son titre.
Sur le fond de boîte intérieur de cette Triton, deux initiales : Y.P.
Les marques de service portent les années 1973 et 1977.
Cette montre n’apparaît pas dans les fragments du registre de Pastre connus à ce jour. Mais les initiales sont là, lisibles, incontestables.
Chez Aucties, février 2024
C’est en février 2024 que cette montre refait surface, proposée aux enchères chez Aucties. L’état à la réception est correct : la montre fonctionne, le cadran est intact, la patine honnête. C’est la piste Marine Nationale et le mystère de ces initiales qui décident de l’acquisition.
Deux révisions, cinquante ans après le service
En décembre 2024, première intervention depuis longtemps : démontage, nettoyage, remplacement du verre punaisé rayé, remplacement du ressort de barillet. La montre retrouve une marche fiable.
En avril 2026, passage dans les mains des Ateliers Bianchi, à Marseille horloger spécialisé dans les montres de plongée vintage. Le test d’étanchéité au Proofmaster est concluant :

Cinq bars équivalent à 50 mètres de profondeur. Pour une montre certifiée 200 mètres à l’origine, c’est un résultat solide. La Triton tient encore.
Spécifications
- Référence : Spirotechnique Réf. 155.100
- Calibre : ETA 2783
- Génération : 2e génération
- Année estimée ~1970
- Numéro de série 229069
- Boîtier Acier inoxydable, 37 mm
- Cornes 20 mm
- Poids 60 g
- Lunette Marine Nationale (interchangeable)
- Étanchéité d’origine 200 m (certifiée Cetehor)
Aller plus loin
Sur Chronographes.net, l’article Triton Spirotechnique : un batracien pas comme les autres permet d’aller plus loin sur l’histoire de cette montre.
