Le magazine Océans, publiait régulièrement des informations sur le matériel de plongée, et notamment les montres et les profondimètres.

Voici un dossier tiré de l’édition de mars 1975.

Privé de repères, surtout quand il évolue dans le bleu, le plongeur doit se fier aveuglément, pour programmer ses paliers, à sa montre et à son profondimètre. Il est exceptionnel que la première le trahisse. En est-il de même pour le second ? La question mérite d’être posée, en conclusion des tests qu’ Océans vient de faire subir à dix-sept modèles différents de profondimètres.

Neuf marques (Aquastar, Beuchat Sub, Cavalero Champion, Comex Pro, GSD, Piel, Spiro-technique et Sporasub) commercialisent les dix-sept modèles que nous avons trouvés dans le commerce. Ces modèles sont vendus à des prix qui varient entre 30 et 640 F.

Dans leur aspect, comme dans leur prix, ils paraissent être d’une grande
variété : pourtant, sous des carénages divers, beaucoup d’entre eux cachent en fait le même mécanisme, produit par la même maison spécialisée
dans la fabrication des instruments de mesure (en particulier la firme italienne SOS, dont l’ingénieur Victor de Sanctis est l’un des principaux animateurs).

Dans ce cas, seuls changent, outre le prix, le dessin du cadran, la présentation du boîtier et celle du bracelet. Des détails en apparence, mais en apparence seulement, nos essais le feront toucher du doigt.

En fait, les profondimètres peuvent être classés en trois grandes catégories selon qu’ils sont à tube capillaire (40 F moyenne), à tube de bourdon (en moyenne 180 F) ou à membrane (en moyenne 200 F), les modèles à tube de bourdon pouvant être à eau, à membrane ou à bain d’huile (voir croquis).

Pour pouvoir nous faire une opinion sur la fiabilité de ces divers profondimètres, nous les avons soumis à deux séries de tests : la première s’est déroulée in situ, la seconde en laboratoire.
Tout d’abord, nous disposons les dix-sept modèles sur un tube de plastique, que nous amenons à diverses profondeurs pour comparer les indications données par chacun d’eux. L’expérience se passe au large des îles du Frioul, dans la baie de Marseille, sur un fond de 55 mètres, par temps calme et courant nul. Un filin lesté et étalonné est pendu sous la surface. Nous descendons à cinquante mètres de profondeur, puis, après un séjour de deux minutes, commençons notre remontée le long du filin. Nous enregistrons par écrit et par la photographie les indications données par les différents profondimètres à quatre profondeurs: quarante mètres, douze mètres, neuf mètres et trois mètres.

Les résultats de cette expérience sont surprenants, notre photographe n’en croit pas son viseur: à quarante mètres, sept profondimètres seulement sur
dix-sept indiquent la bonne mesure.
Deux marquent 41 m, trois 42 m, quatre autres s’étagent entre 43,50 m et 50 m.

Un capillaire est hors service. A douze mètres, seuls six modèles (dont trois à tube capillaire) indiquent la bonne profondeur, les autres donnant tous une profondeur supérieure à la réalité, allant jusqu’à seize mètres. A neuf mètres, six sont justes, les autres indiquant des profondeurs supérieures allant jusqu’à onze mètres. A trois mètres, neuf modèles donnent la bonne profondeur, trois indiquent quatre mètres, deux indiquent cinq mètres et trois sont au zéro.
Tous ces résultats, sans exception, nous sont confirmés par les tests réalisés par ailleurs en laboratoire, au moyen d’un caisson à eau sous pression.
Ainsi, sur dix-sept modèles différents de profondimètres placés exactement dans les mêmes conditions, moins de la moitié sont d’accord entre eux et dans la bonne moitié se retrouvent trois modèles à tube capillaire sur quatre, qui sont justement les appareils les moins coûteux.

Les performances de ces instruments à tube capillaire constituent la révélation de nos tests. Peut-être à cause de leur prix modique (vingt fois moins élevé que celui du modèle le plus cher), ils sont généralement
rejetés par les plongeurs expérimentés. Ils sont pourtant parmi les plus précis, surtout à petite profondeur, de zéro à douze mètres.

Cependant, au-delà, ils perdent de leur lisibilité. Ils sont en outre sensibles aux trop grandes différences qui peuvent parfois exister entre la température de l’air et celle de l’eau, ainsi qu’aux chocs qui peuvent perturber la capillarité de l’eau dans le tube indicateur.

Plus sophistiqués, faisant plus sérieux, les profondimètres à membrane sont à la fois bien lisibles et suffisamment précis au-delà de vingt mètres, mais ils manquent en général de précision à proximité de la surface, au palier des trois mètres par exemple, surtout si, pour des raisons esthétiques, le constructeur ne les a pas dotés d’une épaisseur suffisante pour permettre au mécanisme de fonctionner tout à fait correctement.

Un seul des modèles de cette catégorie garde la même sensibilité à toutes les profondeurs, grâce en particulier à ses deux aiguilles (l’une pour les décimètres et les mètres, l’autre pour les décamètres), mais faut le classer hors concours : pour son esthétique (plus que pour sa précision), pour son prix, et sa sensibilité, on peut le considérer comme la Rolls des profondimètres. Il s’agit du G.S.D. Prof. 120.

Quant aux profondimètres à tube de bourdon, les résultats qu’ils donnent sont extrêmement variables selon qu’il s’agit de modèles à eau (très décevants) ou de modèles à bain d’huile (tout à fait satisfaisants).

À l’issue de cette série de tests. deux lacunes nous paraissent mériter d’être comblées, mises à part celles qui concernent la précision et la lisibilité.

Puisque le calcul des paliers se fonde sur la plus grande profondeur atteinte, pourquoi ne pas doter les profondimètres d’une mémoire permettant de conserver l’indication de cette mesure jusqu’à la fin de la plongée. Puisqu’il s’avère que le système à tube capillaire est plus précis en surface, et celui à membrane plus fiable au fond, pourquoi ne pas conserver les deux sur un même cadran ?

Par ailleurs, il nous paraît possible de tirer, de cette étude, certaines conclusions pratiques.

Certes, nos mesures présentent un défaut: celui de ne pas avoir été répétées sur un grand nombre de spécimens de chaque modèle. Il ne faut donc pas en tirer pour chacun de ces modèles des enseignements trop catégoriques. Par contre, force nous est de constater qu’il n’est pas prudent de se fier trop aveuglément à son profondimètre, quel qu’il soit.

Pour son achat, choisissez un modèle sur lequel les profondeurs sont réparties au moins sur 360°, les profondeurs de 0 à 12 mètres s’étalant sur l’échelle la plus grande possible (plus de 90°). De toutes façons, évitez de vous fier uniquement à lui pour respecter vos paliers de décompression.

Choisissez plutôt de vous fier aux profondeurs indiquées par un pendeur lesté et étalonné. Si vous avez fait une plongée à quarante mètres alors que votre profondimètre marquait cinquante mètres, cela vous évitera de faire un palier à trois mètres alors que vous croyez être à six…

Utilisation
Dès la mise à l’eau, jetez un coup d’œil au cadran et vérifiez que les premières variations de pression sont bien enregistrées.
En cours de plongée, attention aux chocs, surtout si l’appareil est fixé au bas du gilet gonflable.
Pendant la remontée, contrôlez votre vitesse d’ascension (17 m par mn) sur votre cadran.

Entretien
Les profondimètres sont des appareils relativement fragiles, sensibles aux chocs, aux différences de température. Ils
demandent un minimum d’entretien, particulièrement les
modèles à membrane. Évitez de placer le profondimètre en vrac, au fond du sac de plongée au milieu du matériel humide.
Après usage en eau de mer, rinçage en immergeant l’appareil quelques minutes dans l’eau douce.

Les tubes capillaires sont très sensibles aux variations brutales de température. En été, il faut éviter de les exposer au soleil, puis de les plonger brutalement dans l’eau. L’air chaud contenu dans le tube capillaire diminuant alors de volume, ce phénomène fausse ensuite toutes les mesures. Si de l’eau reste dans le tube capillaire il suffit de démonter le cadran, d’enlever le bouchon et de vider le tube en soufflant dedans. Si un modèle à membrane ou à tube de bourdon a pris l’eau, replongez-le très rapidement dans l’eau douce puis l’alcool en attendant de pouvoir le confier à un spécialiste de la marque, disposant de l’outillage et des moyens de contrôle nécessaires à la remise en état du profondimètre. Enfin, vérifiez régulièrement l’état de bracelet, n’hésitez pas à le changer au premier signe de craquelure.

Liste des profondimètres testés dans ce dossier :

  • GSD Prof. 120m
  • Delta Spiro 120m
  • Spiro Marine 80m
  • GSD Tycho 60m
  • Cavalero SHP 100
  • Aquastar 90m
  • Scubapro Helium 150m
  • Scubapro inox 80
  • Comex Pro 100m
  • Cavalero Champion 100m
  • Scubapro extra-plat 70m
  • Cavalero Super Tubdo 70m
  • Cavalero Tubdo 70m
  • Scubapro Anatomic 70m
  • Montre profondimètre Favre Leuba Bathy 50

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